Biographie

Les Nus mis à nu
Energie… force… intensité… telles sont les impressions que dégagent les Nus de Marie-Annick BENETON. Ils ne laissent pas indifférents tant ils sont présents, physiques, dérangeants presque, angoissants parfois. D’emblée, ce qui frappe dans sa peinture, c’est le trait, noir, omniprésent, vigoureux, exécuté d’une main rapide, précise, et pourtant fébrile. Puis la palette des couleurs, généreuse, contrastée, tantôt lumineuse, tantôt sombre.
On sent qu’elle y a mis beaucoup d’elle-même, elle s’y est jetée totalement, corps et âme comme un boxeur sur un ring. On l’imagine sortir éreintée de ce corps à corps avec la toile. Quand elle commence, elle ne s’arrête pas. Il faut qu’elle aille jusqu’au bout dans un seul élan, sans filet. Son exigence ne souffre pas la pause, la reprise. Comme si elle craignait que l’essence de son modèle, saisi pourtant avec justesse en quelques traits et tâches de couleurs sur la toile ne lui échappe. Sous la pointe grasse et généreuse du fusain, le trait devient physique, il souligne le fuselé d’une cuisse, la rondeur d’un sein, des fesses; il trace les lignes anguleuses d’un nez, l’intensité d’un regard; il esquisse la sensualité d’un dos. Les couleurs posées par touches donnent de la densité, de la personnalité aux corps qui s’exposent, de l’humanité aux visages qui reflètent une grande émotion.
Sont-ils le reflet de leurs états d’âme?
Ceux de l’artiste?
Ou les nôtres…?
Une peinture qui met les corps et l’âme à nu, définitivement.

Marie-Annick Bénéton
Loin des paysages classiques, harmonieux et lumineux de ses débuts, Marie-Annick BENETON se consacre actuellement à l’étude fiévreuse du corps et du visage masculin ou féminin surgissant sur un fond souvent sombre, voire noir, en à-plat ou hachuré à grands traits. Leur force expressive, due à une structure puissante, est accentuée par la violence contrastée des touches de couleurs, héritage du fauvisme et de l’expressionnisme, et le large emploi du noir qui cerne les corps ou souligne les traits. Les formes, anguleuses ou douces dans l’expression de la féminité, cherchent, par la force d’un trait sûr jailli d’un geste unique, à rendre la sensualité ou la puissance d’un corps, l’instantanéité d’un mouvement, d’une posture où l’absence de détails confine parfois à l’abstraction.
Esthétique sombre, expressive sans le tourment expressionniste, sinon peut-être lorsque, dans un portrait, l’intensité ou l’intériorité du regard nous interroge : que nous révèlent ces frères humains sur notre époque angoissée et notre commune condition ?

Paola BENETON
Directrice
Galerie 64bis, Paris
Marie-Hélène RAYNAUD